“Fetal and maternal outcome in the pregnancies of patients with systemic sclerosis and very early diagnosis of systemic sclerosis in France: a prospective study”

Murarasu et al. Lancet Rheumatol 2026; 8: e33–41

Cf Registre GR2, Critères ACR/EULAR 2013 et Critères VEDOSS (Mai 2014 – décembre 2020)

Introduction et objectif(s) de l’étude

La grossesse au cours de la sclérodermie systémique (SSc) a longtemps été contre-indiquée, en raison de la crainte de complications liées à l’insuffisance placentaire (principalement la prééclampsie et la prématurité induite), en rapport avec la vasculopathie de la SSc, ou d’une évolution de la maladie, notamment avec la survenue d’une crise rénale. Les données prospectives concernant les issues maternelles et fœtales restent limitées.

L’objectif de l’étude était de :

  • quantifier la fréquence des événements obstétricaux, notamment les complications placentaires, la prématurité, le petit poids de naissance et la mort fœtale ou néonatale ;
  • évaluer l’évolution de la maladie maternelle pendant la grossesse et jusqu’à un an en post-partum ;
  • identifier les facteurs associés à ces événements,

à partir des données de l’étude observationnelle française GR2.

Méthode(s)

À partir des données du registre GR2 mené en France, les grossesses de femmes atteintes de SSc selon les critères ACR/EULAR 2013 ou de Very Early Diagnosis of Systemic Sclerosis (VEDOSS) entre le 1ᵉʳ mai 2014 et le 27 décembre 2020 ont été sélectionnées.

Le critère de jugement principal était un critère composite de morbidité obstétricale, ou adverse pregnancy outcome (APO), incluant :

  • la mort fœtale ou néonatale,
  • la prématurité ≤ 34 semaines,
  • les complications d’insuffisance placentaire (RCIU, HELLP syndrome, prééclampsie, éclampsie, hématome rétro placentaire),
  • un petit poids pour l’âge gestationnel < 10ᵉ percentile.

La fréquence de ces événements a été comparée à celle de la population générale issue de l’Étude Nationale Périnatale (ENP) 2016, en appariant, sur l’âge maternel, chaque grossesse de femme atteinte de SSc et/ou VEDOSS à 10 grossesses de femmes de la population générale.

Nous avons ensuite analysé l’évolution de la SSc, en incluant les différentes manifestations de la maladie, à l’exception de l’aggravation du reflux gastro-œsophagien.

Une analyse univariée des facteurs associés à ces événements a également été réalisée.

Résultat(s)

Nous avons analysé 58 grossesses chez 52 femmes atteintes de SSc (forme cutanée diffuse n=16, limitée n=34) ou de VEDOSS (n=8), âgées en médiane de 34 ans [31–36].

La plupart des femmes ne présentaient pas de complication viscérale sévère à l’inclusion et elles recevaient un traitement par aspirine à faible dose dans 19/57 grossesses (33%) et par immunosuppresseurs dans 5/58 grossesses (9%).

Les grossesses ont abouti à une naissance vivante chez 53/58 des cas (91,4%), avec 3 fausses couches spontanées (FCS), 1 interruption médicale de grossesse (IMG) et 1 mort fœtale in utero (MFIU) non liée à la SSc (événement traumatique).

Parmi les 53 grossesses ayant évolué au-delà de 22 SA, un APOest survenu dans 26,4% des cas (14/53) :

  • Prématurité ≤ 34 semaines : 3,8 % (2/53)
  • Complications associées à l’insuffisance placentaire (principalement prééclampsie ou RCIU) : 22,6 % (12/53)
  • Petit poids pour l’âge gestationnel : 11,3 % (6/53)

Comparativement à la population française appariée sur l’âge issue de l’ENP 2016, les taux de prééclampsie, prématurité, poids de naissance < 2500 g et hémorragie du post-partum sévère étaient significativement plus fréquents chez les femmes atteintes de SSc et/ou VEDOSS.

Une évolution de la SSc et/ou du VEDOSS est survenue dans 39,7% des grossesses (23/58), principalement en période post-partum (29/41 événements, 71 %). Il s’agissait essentiellement de complications vasculaires cutanées (16/58 grossesses, 28 %), avec peu de complications sévères :

  • 1 crise rénaleavec prématurité à 33 SA
  • 2 évolutions de pneumopathie interstitielle diffuse

Aucun facteur n’était significativement associé à la survenue d’APO en analyse univariée.

L’évolution de la SSc survenait principalement :

  • en cas de forme cutanée diffuse: OR 3,7  95CI [1,1-12,4]
  • en présence d’une atteinte vasculaire cutanée antérieure : OR 3,7 95CI [1,2-11,5]
  • tandis que la présence d’anticorps anti-centromère était inversement associée à une évolution de la SSc : OR 0,2 95CI [0,1-0,8].

Conclusion

Si la majorité des grossesses (91%) aboutissait à la naissance d’un enfant vivant et bien que les évènements sévères soient rares, les femmes atteintes de SSc présentaient un sur-risque de complications obstétricales (prééclampsie, prématurité, petit poids de naissance et hémorragie sévère du post-partum) comparativement à la population générale.

La question du surrisque d’hémorragie du post-partum, nouvellement décrite, reste à confirmer et à analyser à la lumière des autres complications obstétricales et des traitements prescrits au cours de la grossesse.

Une évolution de la maladie survenait dans 40% des grossesses, particulièrement dans le post-partum, et concernait principalement la survenue d’ulcères digitaux.

Message(s) clé 

En cas de SSc, en l’absence d’atteinte d’organe sévère, les principaux risques au cours de la grossesse sont la prééclampsie, la prématurité, le petit poids de naissance et l’hémorragie sévère du post-partum. La période du post-partum est également propice à une aggravation des complications vasculaires digitales. Une consultation pré-conceptionnelle ainsi qu’un suivi adapté et multidisciplinaire au cours de la grossesse et du post-partum sont donc recommandés.

Murarasu A, Beaudeau L, Le Guern V, et al. Fetal and maternal outcome in the pregnancies of patients with systemic sclerosis and very early diagnosis of systemic sclerosis in France: a prospective study. 

Lancet Rheumatol. 2026;8(1):e33-e41. doi:10.1016/S2665-9913(25)00185-7