Veille bibliographique pour le site GFRS – Résumé par Brigitte GRANEL

Article : Komura K (2025) The clinical utility of autoantibodies in systemic sclerosis: a review with a focus on cohort differences and standardization. Front. Immunol. 16:1691988. doi: 10.3389/fimmu.2025.1691988

Contexte :

La sclérodermie systémique (ScS) est une pathologie cliniquement hétérogène. Les auto-anticorps spécifiques – anti-centromère (ACA), anti-topoisomérase I (ATA/Scl70), et anti-ARN polymérase III (RNAP III) – sont au cœur de la classification et ont un rôle prédictif du risque d’atteinte d’organes. Au-delà du pronostic, les auto-anticorps spécifiques de la ScS peuvent soutenir le diagnostic de la maladie, aux cotés de la clinique, du bilan viscéral (recherche d’atteinte cardiaque et pulmonaire) et de la capillaroscopie, comme en témoigne leur contribution dans les critères de classification ACR/EULAR de 2013.

Objectif et Méthodes :

Il s’agit d’une revue narrative (2000–août 2025) sur la performance des essais ; enzyme-linked immunosorbent assay (ELISA), immuno-essais en ligne (LIA), immunoprécipitation (IP), et intégrant une interprétation des anticorps anti-nucléaires (ANA) conforme à l’ICAP (International Consensus on ANA Patterns).

Les études ont été incluses si elles : impliquaient des cohortes de ScS humaines avec des données sérologiques ; comportaient des données cliniques ou pronostiques en association aux auto-anticorps spécifiques ; et spécifiaient l’origine géographique ou ethnique, le cas échéant. Les auteurs ont donné la priorité aux études de cohortes, multicentriques et études utilisant des données validées : ELISA, LIA et IP.

Résultats :

  • Les ACA correspondent à une forme cutanée limitée de ScS, à une forme très vasculaire (syndrome de Raynaud et ulcères digitaux ischémiques), à un risque plus faible de pneumopathie interstitielle diffuse (PID), mais à un risque plus élevé d’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) de survenue tardive après 5 à 10 ans de la maladie, d’où l’intérêt du dépistage annuel de l’HTAP sur le très long terme. L’atteinte digestive est fréquente (reflux, dysphagie), la calcinose aussi. Absence de risque de crise rénale sclérodermique ou de cancer.
  • Les ATA correspondent le plus souvent à une forme cutanée diffuse, mais peuvent se voir aussi en cas de forme cutanée limitée. Le syndrome de Raynaud précède de peu l’atteinte sclérosante cutanée, les ulcères digitaux sont aussi présents. C’est dans cette forme que la sclérose cutanée est parfois rapidement progressive sur les 3 premières années et que l’on trouve le crissement des tendons. Les ATA sont des marqueurs d’apparition/progression de la PID, souvent de type pneumopathie interstitielle non spécifique (PINS). L’atteinte cardiaque comprend la myocardite, et les troubles de la conduction ou du rythme. L’hypertension pulmonaire peut être secondaire à la fibrose pulmonaire. Le risque de crise rénale sclérodermique est moindre qu’avec la présence des RNAP III, mais n’est pas négligeable. L’atteinte digestive est fréquente aussi avec un risque de dénutrition. Du fait de l’atteinte pulmonaire responsable de morbidité/mortalité, la surveillance clinique (dyspnée, toux), EFR (tous les 3 à 6 mois pour les 3 premières années) et scanner thoracique est recommandée afin de ne pas manquer la mise sous traitement immunosuppresseur et/ou anti fibrosant.
  • Les RNAP III sont associés à une sclérose rapide de la peau, à la calcinose, et à l’arthrite inflammatoire. Ils sont associés à un sur risque de crise rénale sclérodermique et de tumeur maligne synchrone (sein et hématologique). L’atteinte pulmonaire est moins évolutive que pour les ATA mais n’est pas absente. Du fait du risque majoré de crise rénale sclérodermique, une surveillance de la pression artérielle, la contre-indication à de forte dose de cortisone ainsi que la mise immédiate sous inhibiteur de l’enzyme de conversion en cas de crise rénale sclérodermique est nécessaire. La surveillance individuelle du cancer est à porposer.
  • Les autres autoanticorps non classiques associés à la ScS sont présentés dans la table 1 avec l’aspect de leur fluorescence (ANA) et les tests immunologiques de confirmation.

Une approche clinique et immunologique avec ANA (ICAP) + ELISA de base (ACA, ATA, RNAP III, U1 RNP) suivi d’une confirmation LIA/IP guidée par l’aspect des ANA, semble la plus efficace.

Conclusion :

Les auto-anticorps sont une base diagnostique et pronostique pour la prise en charge de la ScS. Bien que leur rôle pathogène direct reste débattu, ils sont spécifiques ou associés à la ScS et continuent de servir de base clinique et d’orienter le médecin vers certains risques de complications viscérales. Une stratégie basée sur l’aspect de la fluorescence nucléaire des ANA et une confirmation par ELISA/LIA/IP permet le plus souvent la détection de l’autoanticorps.

Table 1 entièrement reproduite de l’article

BP : blood pressure, GC : glucocorticoids, ILD : interstitial Lung disease, PAH : pulmonary arterial hypertension, PFT : pulmonary function tests, SCR : scleroderma renal crisis